Partager l'article ! Au nom de la liberté: Décidément, le gouvernement de M. Sarkozy est passé maître dans l'art de désigner ...
Décidément, le gouvernement de M. Sarkozy est passé maître dans l'art de désigner à la vindicte populaire certains groupes minoritaires pour détourner l'attention publique des échecs patents de sa politique. C'étaient naguère les musulmanes en niqab et on s'en prend maintenant aux Tsiganes. Voilà qui est fort inquiétant car la technique, pour être aussi vieille que la démagogie elle-même, n'en a pas moins donné de sinistres résultats au XXe siècle.
J'ai appris avec stupéfaction que les Gitans étaient obligés, au titre d'une loi édictée en 1969, d'être porteur d'un "certificat de circulation" (sic) qu'ils doivent présenter tous les trois mois au moins au commissariat ou à la gendarmerie la plus proche de leur lieu de campement. On croit rêver.
Comme si tout cela n'était pas déjà assez attentoire à leur liberté de circulation et à leurs droits constitutionnels les plus élémentaires et les plus fondamentaux, M. Sarkozy envisage de durcir encore la loi de 1969. Et il paraît que ce président était un "ultra-libéral"!
Comment la gauche française, qui partage l'autoritarisme foncier des gaullistes, peut-elle justifier la défense des Tsiganes au nom de la liberté alors qu'elle ne reconnaît pas celle des femmes musulmanes à s'habiller comme bon leur semble ? On m'objectera bien sûr que la gauche s'est abstenue de voter la loi sur le port du niqab. Certes, mais seulement pour des raisons conjoncturelles : elle ne voulait pas qu'il fût dit qu'elle voterait avec la droite. Or des socialistes, seul Manuel Valls a osé dire tout haut ce que ses petits camarades pensaient tout bas, à savoir qu'il fallait faire le bonheur des musulmanes contre leur propre gré.
En fait, pour la gauche, il y aura toujours les bons opprimés et les mauvais. Les bons opprimés sont ceux qui cadrent avec son anti-colonialisme issu de la guerre d'Algérie, comme les Tsiganes, et les mauvais, ce sont les opprimés pour des raisons religieuses, comme les musulmans, ou culturelles, comme les locuteurs de langues régionales françaises, qui sont, les uns comme les autres, évidemment du côté du passéisme et de l'obscurantisme.
Il me faut alors réaffirmer ici ce qui constitue le fond de toute pensée libérale authentique : la coercition exercée contre quelqu'un n'est légitime que si celui-ci a nui objectivement à autrui.
Ayant cela en tête, remarquons que Nicolas Sarkozy est à peu près aussi libéral que le pape Benoît XVI, c'est-à-dire pas du tout.
J'ai vécu une grande partie de ma jeunesse à quelques centaines de mètres d'un camp permanent de Tsiganes Kalo (une tribu de Gitans hispanophones du sud de la France). Ce sont des gens plutôt ombrageux et extrêmement repliés sur leur communauté. Mais pas plus qu'un juif Loubavitch du Marais. Et je n'ai jamais constaté le moindre larcin de leur part dans le quartier. Chacun vivait chez soi et nul n'embêtait l'autre quelle que fût son origine ethnique. Alors arrêtons de fantasmer. Car il y a, bien entendu, des délinquants chez les Tsiganes, comme il y a des maffieux séfarades, des truands bordelais et des francs-maçons véreux. Ni plus, ni moins.
La loi contre le niqab a ouvert la porte à d'autres lois comme celle qui vise présentement les Tsiganes car au nom de quoi s'en tiendrait-on au voile islamique une fois qu'on a bu au calice d'une pensée illibérale ? Au nom de quoi ne dicterait-on pas à nos concitoyens comment ils doivent s'habiller, vivre, manger ou baiser?
Si nous nous réclamons d'une vraie démocratie libérale, il nous faut être cohérents de bout en bout et notamment vis-à-vis de ceux dont l'accoutrement ou le mode de vie nous déplaisent mais ne nous nuisent en rien. Nous devons défendre la liberté des musulmanes et des Tsiganes.
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