Partager l'article ! L'écologie profonde, un anti-humanisme radical: Il arrive à certaines doctrines, par la radicalisation malheureuse de leurs d ...
Il arrive à certaines doctrines, par la radicalisation malheureuse de leurs défauts conceptuels originels, d'aboutir exactement au contraire de ce qui était leur
propos initial.
Prenez le marxisme par exemple : il partait de la louable intention d'améliorer la condition ouvrière. Ce combat était juste au départ. Il aurait pu être menée au
nom de la morale et de l'égalité des droits.
Oui mais voilà, par un sort insigne, une mauvaise fée se pencha sur le berceau du marxisme et souffla à Karl, son père, que l'égalité des droits était une fiction de la "démocratie bourgeoise" et
qu'il fallait préférer l'"égalité réelle" à l'"égalité formelle". Malgré la soi-disant égalité entre les hommes que proclamait par exemple la Déclaration des Droits de l'Homme, les destins
restaient en effet fortement inégaux dans les faits, comme le prouvait assez la vie du prolétaire au XIXe siècle.
Dès lors le marxisme allait s'appliquer à vouloir gommer toute inégalité entre les hommes, y compris les inégalités qui sont justes, et à dénoncer l'hypocrisie de la morale démocratique prônée
dans la Déclaration des Droits de l'Homme. Déconsidérant la notion même de droit au nom de la critique du droit "bourgeois" tel que défendu par les démocraties libérales, le marxisme s'ingénia à
vouloir représenter les travailleurs non plus au nom de leurs droits légitimes et légalement constatables mais au nom de la lutte entre classes sociales. Désormais, le peu de rationalité que le
marxisme pouvait encore recéler était condamné à l'avance.
Pire, en liquidant l'idée même de droit et d'une fondation rationnelle et discursive de ce droit , il légitimait par ricochet les doctrines de la force pure et irrationnelle, telles que
développées par l'extrême droite. A la joute oratoire dans le prétoire du tribunal ou à la tribune du parlement succéderait désormais l'utilisation de la violence révolutionnaire la plus
brutale.
Ce qui arrive à l'écologie politique aujourd'hui est assez semblable au drame qu'a vécu le marxisme. Et comme le marxisme le fit pour les droits concrets des
travailleurs, les errances et les outrances de l'écologie profonde pourraient retarder plutôt qu'accélérer les réformes pourtant nécessaires à la sauvegarde de notre environnement
planétaire.
J'ai lu récemment l'article d'un intellectuel anglais dont le nom m'échappe et qui défendait l'écologie profonde en estimant, je cite de mémoire, que "l'homme doit se débarrasser de ce préjugé
déstestable qui voudrait que la planète soit faite pour lui et qu'il puisse profiter de ses fruits comme bon lui semble". Et notre écologiste écervelé (ce qui est triste pour un intellectuel mais
hélas plus fréquent qu'on ne croit) d'énumérer ensuite tous les droits de la planète, de la faune et de la flore qui la peuplent.
Je précise que notre planète est composée, pour sa plus grande part, d'éléments chimiques inanimés et je ne savais pas que l'oxygène ou le carbone par exemple eussent des droits autres que ceux
qu'on leur attribue quand ils composent ce qu'il est convenu d'appeler un être humain.
Je ne savais pas non plus que les plantes ou les animaux eussent des droits autres que ceux que l'homme, dans sa grande largesse, avait bien consenti à leur octroyer.
On voit ici que ce qui produit l'inanité congénitale et délétère de l'écologie profonde, c'est sa conception extrêmement curieuse de la notion de droit. En quoi elle rejoint d'une façon étonnante
le marxisme.
Qu'est-ce qu'un droit? A quoi sert-il d'avoir un droit?
Tant que nos amis écologistes n'auront pas répondu à ces questions simples, ils pourront continuer à débiter leurs fadaises sur les droits des écureuils, des lapins, des limaces, des pommes de
pin ou que sais-je encore.
Rappelons donc à toute fin utile qu'un droit est une liberté accordée par une société disposant d'institutions politiques plus ou moins formelles à tout membre de cette société à condition que
l'exercice dudit droit ne nuise pas à un autre membre de ladite société. Le but du droit est la commodité commune car il appert que l'on vit plus commodément en commun, dans la société, que seul
dans la nature.
De même c'est par un abus de langage que l'on parle de "droit des animaux" car il s'agit en fait de droits accordés aux seuls hommes de vivre dans un environnement agréable et récréatif et dont
le caractère plaisant est intimement lié à la variété des paysages, de la flore et de la faune qu'on y rencontre. Pour être volontairement provocateur, je dirai simplement que les soi-disant
"droits des animaux et des plantes" ne sont en fait que le droit du randonneur à effectuer une belle randonnée "dans une nature préservée".
Les paysages que nous traversons, les animaux que nous y observons, les plantes que nous y herborisons n'auraient aucun "droit" s'ils ne servaient tous à l'agrément et à l'utilité commune que
l'on retire de la vie en société. La société elle-même n'aurait aucun intérêt si elle ne satisfaisait pas ces mêmes buts. Un droit quelconque serait impensable et inutile si l'on faisait, comme
nos écologistes étourdis, abstraction de sa fin qui est de contribuer, autant que faire se peut, au bonheur de l'individu. Un droit n'a nul autre but que le bonheur de l'homme.
L'homme a le droit de "profiter des fruits de la planète" (avec parcimonie bien sûr) car, sans l'homme, je ne vois pas du tout quel droit la planète pourrait réclamer pour elle-même.
On saisit ainsi comment une autre idée louable, l'environnementalisme, autrement dit l'effort pour que l'homme puisse profiter le plus longtemps possible d'une nature et d'une planète dans un
état correct, finit par produire, dans ses franges extrêmes, l'anti-humanisme le plus radical de l'histoire, non pas celui qui réclame seulement la disparition d'une partie de
l'humanité, comme le faisait le marxisme pour la "bourgeoisie" et le nazisme pour les juifs, mais celui qui appelle à l'extinction de l'humanité toute entière au nom de la défense des
pseudo-droits de la planète.
Le doute n'est plus permis : l'écologie profonde est l'un des visages les plus hideux du nouveau totalitarisme qui vient.